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Les deux
dernières années 2011 et 2012 auront été une période riche en expérimentation
en matière de propagande en Tunisie.
Alors qu’avant
2011, les seuls qui avaient de l’expérience en la matière étaient les
cyber activistes connus et reconnus (je ne vais pas les nommer de peur d’en
oublier certains), à partir de 2011, ils ont vu s’inviter dans le jeu, les
différents militants des partis politiques, avec une mention spéciale pour
Ennahdha.
La propagande
politique a connu ces derniers mois un virage important.
Nous sommes passé
d’une logique de « Je fais bouger la rue avec Facebook » à « On
va dans la rue et on fera bouger Facebook »
Le canal de
propagande est resté le même depuis deux ans : toujours et encore les
pages Facebook. C’est la stratégie de création de contenu qui a changé.
Hier : On bouge sur Facebook pour faire
l’opinion de la rue
Avec l’idée
communément admise que « Facebook a fait la révolution » bien
ancrée, on a essayé de manipuler et contrôler l’opinion publique a travers
Facebook entre 2011 et 2012.
Deux facteurs ont
contribué a cela :
-
Les
tunisiens avaient pris l’habitude de s’informer sur Facebook pendant trois ou
quatre ans. Acheter un journal, regarder les infos, recouper différentes sources
pour se faire sa propre idée n’était pas commun. Ils ont donc continue de faire
ce qu’ils savaient faire de mieux « J’aime et je partage » selon la
formule consacrée,
-
L’émergence
d’un tas de contenu totalement inconnu du grand public. Des anciennes vidéos
oubliées dans les profondeurs de Youtube, des documents avec des tampons disant
que machin a reçu de l’argent de tel ministère ou a acheté un terrain pour pas
grand chose… beaucoup de sensationnel a l’origine non identifiée et souvent
invérifiable qui intéresse forcement tout le monde.
Il suffisait donc
de poster des montages vidéo, des images, des statuts affirmant des choses sans
aucune preuve, pour que dans l’après-midi tout le monde en parle comme d’une
vérité absolue…
Il s’agissait
souvent donc de récupérer du contenu créé ailleurs (télévision, radio,
documents, videocast de révolutionnaires autoproclamés) pour le diffuser sur
des centaines de pages Facebook, modifier l’opinion publique et avec un peu de
chance faire bouger la rue. (cf Abdeleya)
Oui mais voilà,
ca marche de moins en moins…
Aujourd’hui : On bouge dans la rue pour faire
l’opinion sur Facebook
Avec des dizaines
de nouveaux quotidiens de tous les bords (Indépendants, anti-Ennahdha,
pro-ennahdha, dédiés a la défense de certains hommes d’affaires...), le
développement de l’audience d’Attounisia, la nette amélioration dans le contenu
de la télévision publique, les tunisiens ont plus de sources d’informations et
ne croient plus ce qu’on leur raconte sur Facebook.
Il fallait donc
revoir la stratégie de création de contenu et revoir le processus.
Désormais on ne
va plus utiliser Facebook pour faire bouger la rue, on va utiliser la rue pour
faire bouger Facebook.
Concrètement, il
s’agit de créer son propre contenu et non plus en récupérer à droite et à
gauche. Ce contenu serait créé lors d’évènements organisés et maitrisés pour
donner l’image qu’on désire.
S’il fallait le
résumer dans une phrase de publicitaire je dirai qu’ils organisent des
activations de marque, ou ils sont en contact direct avec leur cible. Tout est
enregistré pour créer du contenu qui sera par la suite diffusé et permettra de
toucher une plus large audience et d’optimiser son Earned Media.
Les exemples sont
nombreux ces derniers jours mais on peut en citer les deux plus importants :
l’affaire de l’UGTT à la place Mohamed Ali et Le meeting de Nidaa tounes à
Djerba.
Dans les deux
cas, tout est parti d’une opération sur le terrain.
Cette opération
était largement filmée et documentée. La présence des medias est un must
absolu.
Une fois le tout
filmé du bon angle et donnant la bonne impression, il suffit de le partager sur
Facebook pour influer sur l’opinion publique.
Dans le cas des
évènements de la place Mohamed Ali, ca a généré le débat autour de qui a
commencé. Dans celui du meeting de Nidaa Tounes à Djerba, ca a donné «
Djerba qui refuse Nidaa Tounes »
Et alors ?
D’un point de vue
stratégique, c’est une approche très intéressante et probablement la plus
pertinente…quand il s’agit d’une marque.
Quand il s’agit de
partis politiques, cela s’appelle jouer avec le feu.
Le risque de débordement
est important puisque les éléments participants à ces « activations »
ne sont pas sous-controle à 100%...À moins que ces débordements soient voulus et
faisant partie intégrante de la stratégie pour frapper d’une pierre deux coups :
faire l’opinion et montrer qu’on contrôle la rue…
Bonus Track - Kanye West - No Church in the Wild ( Realisation Romain Gavras)