
J'avais dans une précédente chronique insinué que les réseaux sociaux comme Facebook, Myspace, Linkedin, à très grande fréquentation ne pouvaient faire ce que bon leur semble.
Prétextant une prise de pouvoir des internautes, j'étais intimement convaincu à l'époque qu'on ne pouvait ignorer sciemment l'avis des utilisateurs puisqu'ils incarnent la force du réseau.
Penser que les réseaux sociaux devaient tenir compte de l'opinion de leur utilisateurs relevait pour moi du bon sens.
Malheureusement, je suis obligé aujourd'hui de voir que j'avais sous-estimé une donnée fondamentale: la Tyrannie de la dépendance.
Le web est (forcément) socialLes vertus du 2.0 ne sont plus une révolution. N'allant pas jusqu'à dire que le web 2.0 est mort, on peut quand même affirmer que cette expression n'a plus rien d'extraordinaire. (il est loin le temps où elle faisait encore effet dans les réunions)
Les réseaux sociaux et les fonctions de partage sont maintenant inscrite dans la rétine de l'utilisateur comme "normales" voire "indispensable"
Il est impensable aujourd'hui d'imaginer un web qui ne serait plus social, où on ne pourrait plus uploader, commenter, voter, noter, partager...
Est-ce que le web social est un choix? Non! C'est un état de fait inévitable.
Et si encore, ça ne se limitait qu'à cela, on aurait pas à se poser toutes ces questions.
Le Web social est une addictionSi ce qu'on se plait à appeler le web 1.0 a créé des internautes, le web social a créé des acteurs.
Des acteurs qui sont tellement impliqués dans l'œuvre à laquelle ils participent en mettant une partie leur personne en ligne (photos, vidéos, textes...), qu'ils en deviennent dépendants. Complètement et totalement dépendants.
Cette dépendance n'a pas pris sa pleine ampleur qu'avec la naissance de Facebook est sa transformation en phénomène de société planétaire.
J'ai tenté une expérience avec des amis dans un café équipé de Wifi récemment. Nous avons tenté de décompter combien de personnes, sur la vingtaine occupées à leurs laptops, étaient connectées sur Facebook.
17 personnes étaient au moment où nous avons jeté un coup d'œil discret (oui, je sais, c'est pas forcément très bien...) connectée à Facebook. Les trois autres s'y sont connectées un peu plus tard.
Facebook est le symbole de cette dépendance.
Il ne faut pas y voir le mauvais sens du mot dépendance, associée bien souvent au drogues. Il faut juste y voir un lien, très fort, qui uni la personne à une chose à laquelle il contribue tous les jours.
Si j'étais quelques mois en arrières j'aurai certainement écrit que les gens ont la main sur Facebook. Maintenant, j'ai tendance à penser qu'ils sont liés de manière indéfectible à un outil où un pan entier de leur vie est exposé, où ils retrouvent si facilement leurs amis, où ils draguent plus "classe", où font du "personal branding".
Cette dépendance s'est aussi manifestée lors de la période où Facebook fût censuré (j'ai dis censuré?) en Tunisie.
Des journaux, des magazines dont les rédacteurs en chef n'ont jamais entendu parler du web 2.0 ont publié des articles et des articles sur le sujet.
Les internautes étaient dans le désarroi et "comment accéder à Facebook" est devenu la question du moment.
Facebook change ses règles de confidentialité...et alors?La news de ces derniers jours,
c'est la découverte d'un changement spécifique dans les règles de confidentialités de Facebook.
Désormais Facebook se réserve le droit de garder les données que vous aurez uploader sur le site même après que vous ayez supprimé votre compte et ce de manière définitive et illimitée.
Toutes les voix s'élèvent pour s'indigner et condamner.
Moi je pense "Et alors?"
Facebook vient d'annoncer 25 millions de membre supplémentaires en un mois.
Ca en fait 175 millions.
175 millions de personnes qui se pokent et qui jouent à Texas Holdem et autres applications "Cool".
Sur ces personnes, combien sont sensibilisées à la problématique de la protection de la vie privée sur Internet? En théorie beaucoup. Dans l'absolu, tous.
Combien seraient prêtent à quitter Facebook en sachant comme c'est le cas que FAcebook se reserve le droit de garder tout ce qu'ils uploadé sur le site de manière indéfinie? Très très peu. Aussi élevé, le chiffre sera au mieux insignifiant par rapport au 175 millions de "dépendants" de Facebook.
C'est cela que j'appelle la Tyrannie de la dépendance.
Un social network comme Facebook peut se permettre de faire tout ce qu'il veut ou presque sans risquer grand chose.
C'est un peu la situation de Google. Alors que beaucoup crient au grand méchant loup, le célèbre moteur de recherche est toujours le numéro un et le restera pour longtemps.
Si la position de Google est le résultat d'un gros travail de recherche et d'une stratégie d'acquisition intelligente, celle d'un réseau comme Facebook est le fait même des internautes.
Ceux qui se plaignent aujourd'hui du changement des règles de confidentialité de Facebook ne font qu'affronter ce qu'ils ont créés...autant dire que le combat est perdu d'avance.
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