Question qui n'est pas nouvelle et qui provoque bien souvent des malentendus entre journalistes, surtout lorsqu'il s'agit de scoops ou d'infos en avant-première.
Dans le monde des médias, le premier sur l'info touche souvent le jackpot.
Même si l'effet n'est pas immédiat, il est visible sur la durée: notoriété, fidélisation du lectorat et augmentation sensible de l'audience.
Du coup, rien ne dérange plus un journaliste que de voir un confrère reprendre "son" scoop sans le citer en tant que source.
Cela parait légitime à priori mais la question n'est pas si simple.
Quand on ajoute à cela la place que prennent les blogs et maintenant les réseaux sociaux, elle devient plus épineuse. Doit-on citer sa source quand c'est un bloggeur, un forumien ou un personne qui a partagé l'info sur Facebook ou Twitter?
Cas du NewYorkPost et de NewYorkShitty.com 
L'histoire met aux prises un journal le
NewYorkPost et un blog
NewYorkShitty.com.
Le bloggeur, qui se définit plus comme un journaliste citoyen, a relevé
un problème concernant une salle de Sport qui ne remplirait pas les conditions légales nécessaires, et ce à travers un commentaire anonyme.
Quelques jours après son post, il a été surpris de voir le NewYorkPost, reprendre l'histoire sans citer sa source.
En relevant ce point, il a eu droit à une réponse du journaliste qui a écrit l'article lui expliquant que ce n'est pas de sa faute et qu'il ne pouvait citer son blog dans la version papier du journal.

La logique du NewYorkPost est donc la suivante: Tant que le journaliste peut vérifier de lui-même toute les informations et tous les détails, il n'est pas obligé (voire ne doit pas) citer sa source, bloggeur ou autre.
Le Journal considère donc que tant qu'il y a un travail d'investigation qui est réalisé par le journaliste, la source ne vaut plus grand chose. Elle a beau indiquer le chemin (ce qu'il avoue dans l'email), la citer n'est plus opportun puisque le journaliste est supposé avoir "reconstruit" le chemin le menant vers l'info.
Ceci part à priori du principe que l'information est libre, disponible et du moment qu'elle est sur la place publique nul besoin de citer le premier qui l'a sorti.
Il est un fait indéniable dont il faut tenir compte: les journalistes, surtout ceux de la presse écrite, sont peu enclins à citer des bloggeurs comme leur source.
Comment voulez-vous qu'ils citent comme source les personnes qu'ils dénigrent bien souvent?
Un problème d'égo? C'est fort probable à mon sens.
Citer sa source, systématiquement!Citer sa source de manière systématique est aussi une forme de respect pour le travail d'autrui.
Plus que par correction, c'est par honnêteté intellectuelle et professionnelle qu'il convient de citer sa source. Certains journalistes ne le font pas.
Dans les médias tunisiens, et même en omettant les flagrants cas de plagiats, il n'est pas fréquent de trouver un article qui "link" vers un autre en l'authentifiant comme la source de l'information.
Certains médias ont fait du "linking" leur principal cheval de bataille.
Le réseau de
blogs Gawker (353 millions de pages vues par mois!!) est spécialisé dans les articles hyperlinkés qui renvoient systématiquement vers leurs sources.
Il y a là une sorte d'honnêteté et de pragmatisme: inutile de cacher ce qui ne saurait l'être.
Avec Tekiano, le cas s'est récemment posé concernant l'annonce de la commercialisation prochaine du Viagra en Tunisie.
L'information a été trouvée sur un blog
The Daily Post mais sans plus de précisions ni de détails.
Après avoir contacté le fabriquant en question et eu confirmation de sa part, la question s'est posée de savoir si le blog méritait d'être cité ou non.
Bien que
The Daily Post ne donnait aucune information concrète, aucune source fiable et bien qu'un travail de renseignement et d'investigation avait eu lieu pour aboutir
à l'article de Tekiano, il a été convenu majoritairement qu'il fallait citer ce blog car il restait en définitive la source de l'information.
Les médias sociaux changent toutSi le NewYorkPost s'était retrouvé aux prises avec un autre journal "classique", il n'y aurait probablement pas eu "d'affaire". Le fait qu'il soit en conflit avec une des composantes des medias sociaux, un blog, a changé sensiblement la donne.
Les commentaires, le partage de l'information, les "tweets" et l'adhésion des bloggeurs et lecteurs anonymes donne une autre dimension au sujet.
Comme Google qui n'oublie rien, les médias sociaux de tout type ne pardonnent rien.
On ne peut prétendre, implicitement ou explicitement, avoir la propriété d'une info alors que tel n'est pas le cas. En lisant ses flux RSS, les Google Alertes on peut aisément deviner l'origine de l'info et les médias sociaux peuvent servir à lancer et amplifier la discussion.