A propos de l'auteur de ce blog

Mehdi Lamloum, bloggeur et Vidéobloggeur depuis 2005. Actuellement directeur de creation dans une agence de communication, base a Kuala Lumpur, Malaisie
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mardi 16 février 2010

Papy journaliste fait de la résistance



Même si la référence au film de Poiré sorti en 1983 est évidente, le titre de cet article n'évoque pas moins une réalité: les journalistes de la vieille école tentent aujourd'hui de faire de la résistance face aux nouveaux medias propulsés par le web.

En 2007, Andrew Keen a sorti "Cult of the Amateur", un livre critique vis-à-vis d'internet, de ses usages et utilisateurs et ne voyant en la toile qu'un simple ramassis d'incompétents. Un livre qui avait suscité pas mal de vagues et qui ressemblait beaucoup à une résistance à la marche inéluctable du temps.

Le mois dernier une expérience a été tentée par cinq Radios Francophones Publiques (Radio Canada, France Inter, France Info, Radio Télévision Suisse et RTBF): mettre 5 journalistes coupés du monde dans une maison avec pour seule source d'information Twitter + Facebook. Non seulment ils n'ont accès qu'à ces seuls sites comme sources d'information mais certains ont fait aussi le choix de ne pas cliquer sur les liens qu'ils auraient trouvé sur Facebook et Twitter.

L'objectif annoncé de toute l'opération, au-delà de l'effet d'annonce, était de répondre à une question : "Dans de telles conditions, quand on est coupé de toute source traditionnelle d'info, la lecture du monde, à travers ces réseaux sociaux, est-elle pertinente ?"
Il ne s'agit donc que d'un duel Réseaux Sociaux vs Medias Traditionels. La conclusion fut inéluctable: Twitter et facebook ne sont pas des sources d'information fiables

Il faut sauver le journaliste Ryan




Même si les organisateurs de cette "expérience" avaient l'air ravi du déroulement et surtout du résultat, on est forcé d'admettre qu'elle n'avait que peu de sens à la base.
Les réseaux sociaux tel que Twitter et Facebook ne sont et ne peuvent être une source d'information: Ils ne sont que de puissants vecteurs de diffusion de celle-ci.
Quelque soit le degré de confiance qu'on accorde à ces sources, on ne peut les qualifier de fiables à 100%. Même si Twitter a servi pas mal de fois à diffuser une information beaucoup plus rapidement que les médias classiques (crash d'un avion à NewYork, Manifestations en Iran...), les 140 caractères ne peuvent suffire à informer de manière convenable.

A partir de là, faire toute cette mise en scène et orchestrer toute cette opération pour un résultat connu d'avance ne peut avoir qu'un but: Sauver le journaliste Ryan.

Le journaliste Ryan est tout journaliste de médias dit classiques et qui n'ait pas encore saisi l'apport immense des médias sociaux pour son travail. Et vu que le journaliste Ryan refuse de descendre d'un piédestal que la profession s'est fabriquée toute seule, il essaye de se sauver comme il peut, notamment en critiquant la source du mal.

Ces attaques ne sont pas nouvelles. Leurs premières victimes furent les blogs et tous le débats qui visaient à dire qu'ils n'étaient pas de vrais journalistes (alors qu'ils n'ont jamais demandé à l'être) ensuite ce sont les web journalistes qui ont eu à assumer les foudres de leurs collègues de la presse classiques et pour finir ce sont les réseaux sociaux.

Le journalisme est une profession qui est fortement chahutée par le virage 2.0 qu'à pris internet depuis pas mal d'années.
Les journaux américains subissent une forte crise depuis que les gens s'informent beaucoup plus sur leur mobile ou devant leur ordinateur, les revenus publicitaires ont chutés et beaucoup d'entre-eux ont fermés.
Ceux qui résistent le mieux, se sont souvent ceux qui ont su investir sur le web pour se développer.

Intégrer le web au lieu de le dénigrer



Le journaliste Ryan devra intégrer l'usage du web a deux niveaux: pour l'information et pour la diffusion.
Les médias sociaux (Blogs, Twitter, Facebook...) ont un énorme avantage : la rapidité de diffusion de l'information.
Une personne qui voit une chose est capable à partir de son téléphone mobile de la diffuser à toute sa liste de contacts et de faire que l'information se propage très rapidement.
Il n'y aucune couverture objective de la chose, aucune synthèse...mais c'est là qu'intervient le journaliste Ryan.
En faisant de la veille sur les réseaux sociaux, il peut avoir les tendances et surtout des news en exclusivité.
En 2008, un crash d'un petit avion dans une rivière à NewYork a été rapporté avant tout le monde par un gars qui passait, qui a pris une photo et qui l'a posté sur Twitter.
Même si on n'avait aucune analyse, on avait l'essentiel. Beaucoup de journalistes se sont déplacés sur le lieux en voyant l'information circuler sur Twitter.

Le journal du journaliste Ryan devra aussi exister sur le web. De grands quotidiens internationaux tel que LeMonde ou le NewYorkTimes existent sur le web et leur sites affichent un énorme trafic.
Pour le NewYork Times, et après trois ans de gratuité totale, ils viennent d'annoncer que certains articles seront payant pour la version web. Un montant raisonnable et mensuel qui permettra d'avoir accès à l'ensemble du contenu. Le site du NewYork Times intègre non seulement les éditions du jour mais aussi un accès aux archives et certains blogs hébergés sur le site même.
Pour LeMonde.fr, la stratégie est la même: Du contenu gratuit focalisé sur les news avec une mise à jour permanente tout au long de la journée, des chroniques et des archives payantes.

Au delà de la publicité, unique source de revenus pour les journaux classiques, c'est cette stratégie de Freemieum (contraction entre Free et Premieum) qui permet aux sites de ces journaux de générer un chiffre intéressant: Un contenu gratuit et un autre, plus valorisé comme la consultation des archives, qui est payant au moyen d'abonnements mensuels raisonnables.

Un modèle économique qui permet au journaliste Ryan de diffuser son contenu sur media qui touche 30% des tunisiens, tout en gardant son édition papier. Après, si le journaliste Ryan estime que personne ne voudra payer pour une version web, peut-être que ses articles ne valent pas la peine qu'on paie pour les lire...