A propos de l'auteur de ce blog

Mehdi Lamloum, bloggeur et Vidéobloggeur depuis 2005. Actuellement directeur de creation dans une agence de communication, base a Kuala Lumpur, Malaisie
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lundi 31 janvier 2011

PDG de l'ATI : "Si Ben Ali avait su, il aurait coupé Internet!"


Kamel Saadaoui, le PDG de l'Agence Tunisienne de l'Internet (ATI) a donné une interview au magazine Wired dans laquelle il explique le rôle de l'agence à la tête de laquelle il est dans la censure et les opérations de phishing en Tunisie.
Ce qui suit est une tentative de traduction au français des passages où il est cité, pour faciliter la diffusion de l'interview.

Concernant la censure pendant la révolution

“Je pense que Ben Ali n'avait pas idée sur le point auquel était arrivée la situation et qu'il pouvait tomber. Peut-être que s'il avait su ou imaginé cela, il aurait coupé la connexion Internet en Tunisie. Par contre, le nombre de sites censurés depuis le début de la révolution a explosé. Ils essayaient désespérément de censurer n'importe quel site qui parle de Sidi Bouzid. En quelques semaines, le nombre de sites censurés avait doublé.”

“I think Ben Ali did not realize where the situation was going or that he could be taken down,” Tunisian Internet Agency (French initials: ATI) director Kamel Saadaoui tells Wired.com. “Maybe if he had known that, he would have cut the internet. But the number of blocked sites did grow drastically when the revolution started. They were trying desperately to block any site that spoke about Sidi Bouzid. In a few weeks the number doubled.”

Concernant le rôle de l'ATI


“Nous sommes des ingénieurs informatique et en électronique, pas des flics.
Nous ne regardons pas les emails des gens, nous ne filtrons pas de sites même si nous avons l'infrastructure qui permet de faire cela chez nous à l'ATI.
Nous gérons, d'un point de vue technique, le système mais nous ne décidons pas de blogs à censurer. Nous ne savons même pas qui a un blog...
Ceci étant, nous donnons accès à ce système et ces machines à d'autres institutions qui avaient été mandatées par le gouvernement pour décider quel sites doivent être censurés. Ils ont la passerelle pour tout lire.”

“We are computer and electronic engineers, not policemen,” Saadaoui says at his office in the ATI headquarters, a handsome, white bungalow near Pasteur Square in a high-end neighborhood of Tunis. “We don’t check e-mail and we don’t filter websites, even though we have filtering engines on our network. We run the engines technically, but we don’t decide to block your blog. We don’t even know you have a blog.”

“But,” he adds, “we give access to these engines to other institutions that have been mandated by the government to choose which websites should be blocked. They have the gateway that has all the mail to be read.”

“Nous leur avons donné une interface à laquelle ils peuvent accéder et ajouter n'importe quel site qu'ils souhaitent censurer.
Nous ne pouvions pas savoir ce qu'ils censuraient car la liste était cryptés. Nous ne pouvions voir que les aspects techniques de la chose : CPO load, le trafic...des choses de ce type.
Quelques fois, nous apprenions la censure d'un site quand des gens nous appelaient pour nous demander pourquoi on avait censuré leur blog...”

“We gave them an interface where they can go in and add anything they want to block,” he says. “We don’t even know what they were banning because the list is encrypted. We can only see the number of blocked sites and some other technical aspects, such as CPO load, how much traffic … things like this. Sometimes we learn about the blocked sites when people call in and ask why their blog has been blocked. Then we know.”

Concernant Anonymous


“Les Hackers, qui ont lancé les attaque DDOs, ont fait du très bon job, Anonymous aussi. Mais ça n'était pas parfait. Ils n'ont pas été capable de faire tomber le DNS, ils n'ont pas réussi à faire cracher les serveurs ou le réseau, mais ils ont réussi leur DDOS sur les site. Ils ont eu le site de Ben Ali.”

“When the hackers did DDOS they did a good job, and Anonymous did a good job,” Saadaoui says, smiling. “But not on everything. They weren’t able to take down the DNS, they weren’t able to take down the main servers or the network, but they were able to DDOS websites. They were able to bomb Ben Ali’s website.”

Concernant le nouveau gouvernement et la censure

“Le nouveau gouvernement nous a demandé de maintenir en place le système qui permet le filtrage où il est et de leur permettre d’ajouter des catégories qu’ils n’aiment pas. La différence avec ce qui existait, c’est qu’aujourd’hui, ils vont avoir besoin d’une autorisation judiciaire pour censurer un site.
La question n’est pas le filtrage/censure, mais qui filtre et en se basant sur quelle législation. Avant (sous Ben Ali), ils pouvaient censurer sans appliquer la loi maintenant, il faut une décision de justice pour le faire.

Le gouvernement nous a demandé pour le moment de bloquer les sites de pornographie, pédophilie, nudité et haine. Cette censure est symbolique.
C’est un message du gouvernement que nous sommes une société musulmane et conservatrice qu’ils apprécieraient que les tunisiens n’aillent pas sur ces sites.

Les tunisiens sont jeunes et ouverts et ils savent parfaitement comment contourner ces filtres. Il est donc en réalité, inutile de bloquer ces sites. Peu importe ce que nous faisons, il y a toujours moyen d’y accéder”

“The new government told us to keep the filtering engines where they are and to allow them to add categories that they don’t like,” Saadaoui says. “The difference now is that they will ask a judge to approve the filtering. The problem is not filtering, the problem is who filters and based on what law. Before, people would filter without applying the law, and now we will filter with a judicial mandate. And the current mandate is to block pornography, pedophilia, nudity and hate.”
“The limits are symbolic. It’s a message from the government that we are a Muslim and conservative society and that we would appreciate if you didn’t go to these [filtered] sites.
“Tunisia has a lot of young, open people who know how to go around filters via hotspot proxies,” he says. “So really it’s useless to block. Whatever we do, there are ways to get around it.”