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Mehdi Lamloum, bloggeur et Vidéobloggeur depuis 2005. Actuellement directeur de creation dans une agence de communication, base a Kuala Lumpur, Malaisie
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lundi 16 mai 2011

Police : Souriez, vous êtes filmés!


“Pour une police démocratique” est le titre d’un séminaire organisé par la FIDH Lundi 16 Mai. Une initiative très intéressante de la part de la FIDH car aujourd'hui plus que jamais nous avons besoin de dialogue entre les différentes composantes de la société.

Le sujet tombe à pic aussi car il arrive à un moment où la police tunisienne est décriée à cause des incidents du 6 Mai dernier. Les premières réactions du Ministère de l’intérieur avait été de présenter des excuses aux journalistes...et uniquement à eux. Chose qui m’avait laissé penser que les citoyens journalistes étaient tabassables à souhait.
Aujourd’hui, le ministère de l’intérieur est en apparence dans une logique de dialogue...

Une mutation qui prendra du temps...
Selon Gnet.tn, le séminaire du FIDH a vu l’intervention de deux représentants du corps des forces de l’ordre.

Taoufik Dimassi, directeur général de la Sureté nationale, est intervenu lors de ce séminaire pour insister sur la nouvelle orientation dans la formation des agents de l’ordre en déclarant vouloir “intégrer la notion des droits de l’homme dans la formation de nos agents”

Il a aussi déclaré “Nous voulons instaurer une nouvelle loi qui stipule que tous les agents portent un uniforme, jusqu’au corps des commandements. Mais cela prendra du temps. Pendant 23 ans, la police se comportait d’une certaine manière, il faut du temps que les choses changent. Il faut qu’il y ait amendement des statuts généraux des forces de sécurité intérieure »

Adel Arfaoui, cadre au ministère de l'intérieur et défendeur du syndicat, a de son coté insisté selon Gnet.tn sur le fait que réclamer des procès pourrait créer des tensions et qu’il vaudrait mieux envisager une phase de réconciliation nationale à condition que les personnes coupables reconnaissent les faits et divulguent toute la vérité.

Des déclarations qui, même si elles n’engagent que leur auteurs, ne laisse pas présager une mutation rapide des forces de l’ordre malgré leur bonne volonté.

Et si Internet aidait la police à changer? Le phénomène Copwatch!

Les événements du 6 Mai 2011 ont été relayés essentiellement sur les réseaux sociaux.
Les premières photos et vidéos, souvent transmises par des citoyens journalistes ont alerté sur les abus constatés à l’encontre des journalistes notamment et que le ministère de l’intérieur a lui-même reconnu dans un communiqué. Ces photos et vidéos relèvent du Copwatch.

Le phénomène du Copwatch est né à Berkley aux USA au début des années 90 dans cette logique : des citoyens qui filment les interventions policières pour éviter justement les bavures...et les diffuser sur Internet au cas où il y en aurait une.

Le but de Copwatch est non seulement de mettre la pression sur les policiers qui seraient tentés de faire de l’excès mais aussi d’aider les citoyens à connaître leur droits et leurs obligations.
Historiquement, le cas de copwatch le plus connu fût certainement celui de George Holliday qui a filmé Rodney King en 1992 se faire tabasser par des policiers à Los Angeles.

Les photos publiées sur Facebook et les vidéos publiées sur Youtube ont été la principale source de temoignages sur ce qui s’est passé lors des affrontements entre force de l’ordre et manifestants le 6 Mai.
Ces temoignages, dont certains à charge contre les manifestants d’ailleurs, sont peut-être une manière d’éviter les dérapages et les bavures, toujours possibles en situation de tension. D'ailleurs, même dans une logique de réconciliation nationale, il est important pour faire table rase du passé de ne pas revoir les mêmes pratiques se répéter.

A-t-on le droit de filmer un policier?


La question n'est pas simple et dépend des législations des pays.
Aux Etats-Unis, elle dépend souvent de l'état où on se trouve.
Si dans la majorité des états, il est possible de filmer un policier dans l'exercice de ses fonctions en vertu du droit à l'information garanti par la constitution, dans certains états comme la Floride la situation est moins simple.
Une loi de l'état de Floride exige le consentement de deux personnes pour qu'on puisse filmer quiconque. Une loi que les policiers utilisent souvent pour empêcher qu'on les filme.

Slate.fr a consacré un long article au sujet très justement titré "Peut-on filmer un policier?" et on en ressort avec une conclusion toute simple : Il existe un flou juridique et pas vraiment de jurisprudence. Le seul texte clair est un arrêté du 27 juin 2008 qui spécifie qu’il faut respecter l'anonymat des policiers chargés de la lutte antiterroriste, de la brigade de recherche et d'intervention criminelle, de la brigade de recherches et d'investigations financières ou encore du RAID.

En Tunisie, et l’en absence de texte ou de jurisprudence, la situation est aussi floue mais les derniers événements ont vraisemblablement changé quelque chose.
Le témoignage du citoyen journaliste Slim Ayedi est intéressant puisqu'il démontre une certaine flexibilité des forces de l’ordre qui se sont montré enclin à accepter qu’on les filme tant qu’on en demande l’autorisation. Il a d'ailleurs pu filmer les manifestations du 7 Mai dernier simplement en allant le demander au représentant des forces de l’ordre qui lui ont simplement demandé de rester derrière leurs lignes.


Crédit photos : Big Picture / FIDH / RedPepper