A propos de l'auteur de ce blog

Mehdi Lamloum, bloggeur et Vidéobloggeur depuis 2005. Actuellement directeur de creation dans une agence de communication, base a Kuala Lumpur, Malaisie
Les informations, opinions, réflexions, analyses, conneries, ne représentent que mon avis personnel et n'engagent en aucun cas celui de mon employeur ou de mes partenaires.

Pour me contacter, vous pouvez utiliser mon email me [at] mehdilamloum [dot] com

Contrat Creative Commons
Ce(tte) oeuvre de Mehdi Lamloum est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage des Conditions Initiales à l'Identique 3.0 Unported.

samedi 7 mai 2011

Tunisie : Citoyens journalistes tabassables à volonté ?

Les manifestations du 6 Mai 2011 à Tunis ont mis en avant une composante inédite par sa violence: les agressions policières sur les journalistes. Certains ont été même poursuivis à l'intérieur du siège du journal LaPresse.

La vidéo ci-dessous, publiée par Webdo.tn, le montre clairement.



Le ministère de l'intérieur s'est, dans une première, excusé pour les agressions nombreuses commises sur les journalistes, dans un communiqué publié sur leur page Facebook. Le syndicat des forces de sécurité intérieures a fait de même .

Le porte parole du Ministère de l'intérieur est intervenu au 20H de la Télévision Nationale , pour entre-autre, expliquer que dorénavant dans les manifestations, les journalistes devront porter des "dossards" pour les distinguer et ne pas les agresser.

Un flic, ça n’aime pas forcément qu’on le filme....

La relation entre journalistes et policiers lors des manifestations sont souvent compliquées.
Les premiers ayant pour rôle de rapporter ce qu’ils voient. Les deuxièmes ne préférant pas être filmés au cas où ils franchiraient les lignes rouges...ce qui arrive souvent.

Pour exemple, le cas de Thierry Vincent un journaliste de Canal+, s’est retrouvé agressé par des policiers dans une manifestation alors qu’il brandissait sa carte de journaliste.




Si comme l’a proposé le porte-parole du ministère de l’intérieur, les journalistes pourront porter des “signes distinctifs” qui pourraient (le conditionnel est de rigueur) leur éviter de recevoir des coups de matraques, qu’en est-il des autres formes de journalisme?

Citoyens journalistes “tabassables” à souhait?


Par autres formes, on vise les bloggeurs, les Citoyens journalistes, les journalistes des e-médias qui ne possèdent pas encore de carte de presse...

Il est clair que toutes ces personnes n’ont aucun droit. Tant qu’ils seront présents sur les lieux d’une manifestation, ils seront considérés comme des manifestants.

Effectuer un tournage en Tunisie nécessite une autorisation de tournage. Peu importe le matériel, l’effectif, tant que ça tourne, c’est un tournage...même si c’est via un mobile. D’ailleurs la suppression de cette autorisation préalable est l’une des principales revendications d’une pétition pour la réforme du cinéma tunisien.

La France donne un (très) mauvais exemple avec sa loi de prévention de la délinquance de 2007 qui prévoit dans son article 26 Bis:

« Art. 222-43-2.Est constitutif d’un acte de complicité des atteintes volontaires à l’intégrité de la personne prévues par les articles 222-1 à 222-14-1 et 222-23 à 222-31 et est puni des peines prévues par ces articles le fait d’enregistrer sciemment par quelque moyen que ce soit, sur tout support que ce soit, des images relatives à la commission de ces infractions.

« Le fait de diffuser l’enregistrement de telles images est puni de cinq ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende.

« Le présent article n’est pas applicable lorsque l’enregistrement ou la diffusion résulte de l’exercice normal d’une profession ayant pour objet d’informer le public ou est réalisé afin de servir de preuve en justice. »


Cette disposition se veut comme rempart contre le Happy Slapping : une pratique qui consiste à filmer l’agression d’une personne avec un mobile ou autre et sa diffusion.
La loi prévoit une exception quand c’est un journaliste professionnel qui le fait...pas un citoyen journaliste.


Aux US, et dans un état comme la Floride, la situation n’est pas meilleure.
Même si les policiers, vu qu’ils agissent sur la voie publique, peuvent être considérés comme des personnages publics qu’on peut filmer sans autorisation, il réside une loi en Floride ainsi que dans quelques autres états qui exige le consentement mutuel des deux parties d’un enregistrement.

Souvent les policiers se cachent derrière cette loi pour éviter qu’on les filme. Selon Randall Marshall, de l’American Civil Liberties Union “It really is a perversion of this statute to try to apply it to filming or recording what public officials are doing in public”

L’histoire de Robert Hammonds et Brent Bredwell est intéressante à ce propos : celle de deux amis qui en terminant de filmer une soirée d’un DJ se sont retrouvés face à des policiers qui les ont agressés. En tentant de filmer la scène, leur matériel a été confisqué et ils n’ont jamais pu le récupérer.
Depuis, ils se sont donné comme mission de traquer les violences policières et de les filmer.

Citoyens Journalistes, nous avons besoin de vous!

Un citoyen journaliste ne bénéficie d’aucune protection légale, de surcroît en Tunisie où il n’existe aucune législation.
La seule protection possible est celle de la prudence et de la vigilance...et le fait de savoir que dans un contexte où les médias sont soit corrompus soit pas totalement libre, le Citoyen Journaliste peut apporter la version de l’information la plus pertinente.

Crédit photos : Miami News Times et cybersoc.com