A propos de l'auteur de ce blog

Mehdi Lamloum, bloggeur et Vidéobloggeur depuis 2005. Actuellement directeur de creation dans une agence de communication, base a Kuala Lumpur, Malaisie
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mardi 19 juillet 2011

La Tunisie et le Commerce des armes #TCArmes

Peu de tunisiens avaient entendu un tir d'une arme à feu avant Décembre 2010. Après la révolution, et la crise libyenne aidant, la problématique des armes est entrée de plein pied dans le quotidien des tunisiens.

Du 11 au 15 Juillet se sont tenues les négociations du traité international sur le commerce des armes à l'ONU à NewYork.

Une seule ONG tunisienne était présente à ces négociations.
Najet Laabidi, Avocate tunisienne et membre de l’organisation « Liberté et Equité » ainsi que d’ «Amnesty International Tunisie » a assisté à la 3ème session de négociation
et a été interviewé par @RimaChemirik d’Oxfam France. concernant les négociations en cours et la problématique nouvelle des armes en Tunisie.


Q1 : Pourquoi avez-vous assisté aux négociations du traité international sur le commerce des armes à l’ONU ?

NL : Ce traité vise la régulation du commerce des armes classiques, la protection des droits
de l’homme ainsi que les efforts de développement économique et social. Il s’agit d’éléments
primordiaux notamment dans le contexte tunisien où l’ancien régime a commis des crimes à
l’encontre des manifestants pacifiques qui ne faisaient que demander leurs droits les plus légitimes pour la liberté, la dignité et la justice sociale. Depuis le début des événements le 27 décembre 2010 jusqu’au 14 janvier 2011, il y a eu environ 300 morts y compris une femme et un bébé. Malgré la chute du régime et la fuite de Ben Ali, le gouvernement transitoire a poursuivi la même politique en tirant à balles réelles sur les manifestants au mois de février par exemple. A ce jour, aucun policier ayant participé à ces crimes (communément appelé « sniper » en Tunisie) n’a été traduit en justice. Pire : le premier ministre a même nié l’existence de ces snipers. Cette immunité de fait est inacceptable et nous devons la combattre. Pour ma part, j’ai pour la première de ma vie entendu le bruit des balles et vu de mes propres yeux un manifestant se faire tirer dessus.

Q2 : C’est votre première fois à l’ONU. Comment vous êtes-vous sentie ?

C’est un univers impressionnant que je ne connaissais jusqu’ici qu’à travers mes travaux
académiques relatifs au rôle de l’ONU dans le domaine de la maitrise des armes nucléaires. C’était très enrichissant de découvrir concrètement cette institution qui a joué un rôle primordial dans plusieurs moments historiques de l’humanité. Et je pense que nous vivons un moment historique avec les négociations de ce traité majeur qui sera adopté en 2012. S’il est fort et efficace, ce traité protégera les générations futures des exactions que notre génération a connu.

Q3 : Qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant cette semaine?

Le rythme de travail et la richesse des discussions ainsi que le sérieux des diplomates qui ont
quasiment tous assisté aux débats. La salle était comble avec la présence notamment des ONG qui ont joué un rôle majeur pour convaincre les Etats de défendre un traité fort. J’ai également apprécié les discussions entre les ONG et les diplomates qui nous ont permis de mieux comprendre les positions réelles des Etats.

Q4 : Comment avez-vous perçu les débats?

Les Etats qui avaient des positions négatives sur le contenu du traité ont fondé leurs interventions sur des arguments qui se défendent parfois. J’ai été étonné du décalage entre les positions défendues par certains pays dans la salle et la réalité que vit actuellement le monde arabe. Le délégué syrien a par exemple remis en cause la pertinence de critères de droits de l’homme dans le traité alors que la situation dans ce pays nécessite justement la protection des manifestants pacifiques et la protection de ces droits fondamentaux.

Q5 Comment voyez-vous le rôle de la Tunisie dans ces négociations?

Même si la Tunisie a voté en faveur de toutes les résolutions de l’ONU relatives au traité depuis 2006, elle ne prend pas la parole et ne participe pas aux négociations. Ceci est regrettable surtout dans le contexte actuel dramatique de mon pays. Pas plus tard que le 15 juillet 2011 à Al-Kasba (Tunis), des policiers ont utilisé des bombes lacrymogènes contre des manifestants et blessé plusieurs d’entre eux. Des rumeurs circulent selon lesquels l’Allemagne envisagerait de vendre des bombes lacrymogènes à la Tunisie très prochainement. Comment peut-on présenter des discours vertueux à l’ONU et en pratique soutenir des régimes qui violent ouvertement les droits de l’homme ?

Pour

-Vidéo de Najet Laabidi à l’ONU : http://www.youtube.com/watch?v=N6V8J1BYLgo

-Le site de la campagne internationale « Control Arms » qui demande l’adoption d’un traité pour réguler le commerce international des armes classiques depuis 2003 : http://www.controlarms.org

-La page d’Oxfam France sur la régulation des armes classiques : http://www.oxfamfrance.org/-Controle-du-commerce-des-armes-

-Suivez @RimaChemirik sur Twitter lors des négociations du traité. Prochain RDV le 13 février en direct des Nations Unies à New-York.