A propos de l'auteur de ce blog

Mehdi Lamloum, bloggeur et Vidéobloggeur depuis 2005. Actuellement directeur de creation dans une agence de communication, base a Kuala Lumpur, Malaisie
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mercredi 3 août 2011

Le porno, la censure et les récepteurs analogiques



Avant de prendre un avion pour l'Arabie Saoudite, Ben Ali avait décidé dans son ultime discours d'enlever toute censure d'internet. Ce soir là, le deuxième mot le plus recherché sur Google en Tunisie aura été "Sex".
Depuis, et malgré une courte re-censure des sites pornographiques le soir même, internet est redevenu totalement libre ou presque (voir mon billet sur la justice militaire et la censure)

Pour une fois qu'on peut parler de porno...

L'ATI refusant d'endosser encore le rôle de censure d'internet depuis le 14/01 (bien que l'ancien PDG de l'ATI ait nié un rôle actif dans censure), c'est un avocat qui a décidé de l'obliger à le faire et ce en ayant recours à la justice et en demandant à celle-ci d'astreindre l'ATI à ce que beaucoup appellent un limitation des libertés fondamentales et ce qu'il considère comme une action noble pour le bien de ce pays.

Nos médias ravis de pouvoir placer pour une fois le mot "porno" sans avoir peur de choquer leur lectorat ont sauté sur l'occasion pour offrir à ce procès et surtout à l'avocat en question une couverture médiatique digne d'une grande découverte scientifique.
La question qui revenait sans cesse dans la bouche de nos journalistes était celle de savoir s'il fallait ou non censurer les sites pornographiques.
Un débat simple où l'argument des libertés fondamentales ne pouvait faire le poids face à l'image de nos pauvres enfants exposés au danger imminent d'images choquantes pour leurs esprits.
Un débat dont l'issue est connue d'avance pour un pays musulman...
Mais est-ce la première fois que nos enfants sont exposés aux "dangers de la pornographie" ?

" Tapez le mot de passe pour cette chaîne" ou la métaphore du récepteur satellite

C'est dans les vieilles marmites qu'on fait les meilleurs soupes.
Les tunisiens ont depuis longtemps eu accès aux contenus pour adultes et ce à travers les récepteurs satellites.
Il y a pas mal d'années, quand un technicien venait en installer un dans un foyer, le père de famille n'avait même pas à le demander que le préposer chiffrait via un mot de passe les chaînes pour adultes.

Une solution simple : le contenu pour adulte était là, disponible mais non accessible sauf si on avait le mot de passe (souvent un 0000 mais c'est une autre histoire)
L'exposition à un contenu pour adulte n'est donc pas "un danger" nouveau pour la société tunisienne ou "une menace" inédite comme le laissait supposer la plainte mais bel et bien d'une situation "habituelle" depuis plus d'une dizaine d'années à laquelle nombre de foyers tunisiens avait trouvé une solution simple.

Il suffirait donc de demander aux FSI d'ajouter une case à leur formulaire d'adhésion à une ligne ADSL "Limiter l'accès au contenu pour adulte".
On appelle cela le contrôle parental. Oui la solution a été proposée mais comme une solution nouvelle à une problématique inédite alors qu'il ne s'agit absolument pas de cela.

Toute la nuance est dans formulation.
Dans celle qui a été faite par de nombreux intervenants anti-censure, on présentait la situation sous l'angle des libertés fondamentales...dans un pays où cette notion est floue voire inconnue ou du moins jamais expérimentée.
Dans celle-ci, la métaphore du "récepteur analogique" prouve que le problème est ancien, qu'on a déjà la solution, qu'elle a fait ses preuves et que nulle besoin de ré-inventer la roue...