A propos de l'auteur de ce blog

Mehdi Lamloum, bloggeur et Vidéobloggeur depuis 2005. Actuellement directeur de creation dans une agence de communication, base a Kuala Lumpur, Malaisie
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jeudi 22 décembre 2011

Médias tunisiens : Y'a-t-il encore un espoir?

Une anecdote personnelle.

Au début de l'été 2011, une journaliste de la télévision nationale m'a tendu un micro devant l'Acropolium de Carthage, où j'étais pour assister au concert du Twestival, en me posant une question : "Cet événement a ramené des gens grâce aux réseaux sociaux. Qu'en pensez-vous?"
C'était l'époque où on voyait un "bloggeur" par émission télé et où les journalistes répétaient inlassablement la même phrase "Grâce à internet, les blogs, les réseaux sociaux, facebook..." comme s'ils avaient une prime pour ça.
Ma réponse a été "Ces événements s'organisent naturellement sur Internet et snobent les médias mainstream. Ils ont raison d'ailleurs, puisque vous ne servez pas à grand chose..."
La journaliste s'est énervée, a coupé l'interview en m'expliquant qu'on étaient injuste, qu'on ne savait pas ce qu'ils ont subi, que ce n'est pas de leur faut et que l'avenir nous montrera de quoi ils sont capables...
Elle avait pris la chose très personnellement alors que ma remarque s'orientait vers l'institution et non les journalistes.

Aujourd'hui, mon constat est amer...

Hamadi Jebali prépare le terrain un retour de la censure..?




Hamadi Jebali dans un entretien avec une radio a insisté sur la création d'une commission nationale, sorte de CSA dont le but est de faire que les médias reflètent "la volonté du peuple", qui s'est exprimée toujours selon lui "dans le résultats des élections".

Qu'un parti conservateur souhaite imposer sa vision sur les médias, c'est le moins qu'on puisse attendre de lui : un modèle de société applicable à tous les domaines.
Mais que le premier dirigeant du pays, confonde entre télévision d'état et télévision publique, c'est là un mauvais signe pour l'avenir et un comportement qui nous rappelle que la rupture avec le passé en matière de censure n'est pas encore effectuée.

Le nouveau chef du gouvernement affirme que cette instance sera élue mais insiste sur le fait qu'elle devra représenter la volonté du peuple: en termes plus clair, ne travaillera pas contre les intérêts d'Ennahdha.
L'antagonisme dans son discours peut s'expliquer de deux manières :
- Soit qu'il connaît déjà les résultats des élections de cette instance.
- Soit il insinue que même élue, il y aura toujours des mécanismes pour la rappeler à l'ordre.

Taoufik Ben Brick vs ShemsFM ou la culture du "Assumez vos paroles"





Le journaliste-poète Taoufik Ben Brick, qui s'est défini il y a quelques années comme "le moustique qui dérangeait la sieste de Ben Ali" était l'invité de ShemsFM.
L'émission a vite viré de bord et Taoufik Ben Brick dans son style caractéristique s'en est pris à tout le monde : Mustapha Ben Jaafer, Moncef Marzouki, Hammadi Jebali et même le peuple tunisien le traitant de "naïf" ou "stupide".

Quand on invite Taoufik Ben Brick ou n'importe quelle forte gueule qui n'a pas peur de dire les mots qui fâchent, on a intérêt à être à la hauteur.

Le comportement de l'animatrice de l'émission ce jour-là était à la limite du ridicule. A chaque mot de #TBB elle répétait : "ce sont vos paroles, assumez-les, nous nous désolidarisons"
Un comportement qui prêtait à confusion tellement elle essayait de sauver sa peau d'on ne sait quel danger...peut-être celui de déplaire à l'audience mainstream de ShemsFM, peut-être au nouveau parti au pouvoir...

Au-delà du manque de respect flagrant pour la personne de Taoufik Ben Brick, ce qui est consternant c'est cette "peur" que l'on ressentait dans le comportement et la voix de l'animatrice.
On a eu l'impression qu'elle tentait de rejeter une "faute" sur TBB comme pour s'en échapper elle, mais de manière très maladroite et surtout pas professionnelle.

Et la TAP qui retrouve ses vieux réflexes...


La dernière pépite en date est celle qu'a décelé SamiTunis : la TAP qui publie une biographie de Hamadi Jebali où elle lui impute un rôle prépondérant dans la révolution avant de se rétracter.
Si la TAP n'a aucune preuve sur l'implication de Hamadi Jebali dans la révolution de 2011, elle a par contre des preuves sur l'engagement de l'homme pendant toute sa vie pour ses idéaux...il aurait suffit de cela...
Visiblement, certains réflexes ont encore la peau dure...



Et maintenant..?


Nous aurions pu espérer une explosion du nombre de médias audiovisuels en Tunisie mais malheureusement, l'INRIC en a décidé autrement en limitant le nombre de licences accordées aux chaînes TV, un peu moins les radios.
Avec un gouvernement conservateur, il y a peu de chances de voir des médias qui osent franchir les lignes rouges émerger...
Le rôle des médias alternatifs est de fait de plus crucial que jamais.
Mais vont-ils réussir à survivre sans cadre légal qui les protège, sous les accusations de financement par la CIA et autres bâtons dans les roues...? Nous n'avons plus vraiment le choix...