A propos de l'auteur de ce blog

Mehdi Lamloum, bloggeur et Vidéobloggeur depuis 2005. Actuellement directeur de creation dans une agence de communication, base a Kuala Lumpur, Malaisie
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samedi 29 décembre 2012

La rue influence Facebook (et non plus l'inverse)

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Les deux dernières années 2011 et 2012 auront été une période riche en expérimentation en matière de propagande en Tunisie.

Alors qu’avant 2011, les seuls qui avaient de l’expérience en la matière étaient les cyber activistes connus et reconnus (je ne vais pas les nommer de peur d’en oublier certains), à partir de 2011, ils ont vu s’inviter dans le jeu, les différents militants des partis politiques, avec une mention spéciale pour Ennahdha.

La propagande politique a connu ces derniers mois un virage important.
Nous sommes passé d’une logique de «  Je fais bouger la rue avec Facebook » à « On va dans la rue et on fera bouger Facebook »

Le canal de propagande est resté le même depuis deux ans : toujours et encore les pages Facebook. C’est la stratégie de création de contenu qui a changé.

Hier : On bouge sur Facebook pour faire l’opinion de la rue


Avec l’idée communément admise que «  Facebook a fait la révolution » bien ancrée, on a essayé de manipuler et contrôler l’opinion publique a travers Facebook entre 2011 et 2012.

Deux facteurs ont contribué a cela :
-       Les tunisiens avaient pris l’habitude de s’informer sur Facebook pendant trois ou quatre ans. Acheter un journal, regarder les infos, recouper différentes sources pour se faire sa propre idée n’était pas commun. Ils ont donc continue de faire ce qu’ils savaient faire de mieux « J’aime et je partage » selon la formule consacrée,
-       L’émergence d’un tas de contenu totalement inconnu du grand public. Des anciennes vidéos oubliées dans les profondeurs de Youtube, des documents avec des tampons disant que machin a reçu de l’argent de tel ministère ou a acheté un terrain pour pas grand chose… beaucoup de sensationnel a l’origine non identifiée et souvent invérifiable qui intéresse forcement tout le monde.

Il suffisait donc de poster des montages vidéo, des images, des statuts affirmant des choses sans aucune preuve, pour que dans l’après-midi tout le monde en parle comme d’une vérité absolue…

Il s’agissait souvent donc de récupérer du contenu créé ailleurs (télévision, radio, documents, videocast de révolutionnaires autoproclamés) pour le diffuser sur des centaines de pages Facebook, modifier l’opinion publique et avec un peu de chance faire bouger la rue. (cf Abdeleya)

Oui mais voilà, ca marche de moins en moins…

Aujourd’hui : On bouge dans la rue pour faire l’opinion sur Facebook

Manif devant Meeting Nidaa tounes a Djerba . Source image L'economiste Maghrebin

Avec des dizaines de nouveaux quotidiens de tous les bords (Indépendants, anti-Ennahdha, pro-ennahdha, dédiés a la défense de certains hommes d’affaires...), le développement de l’audience d’Attounisia, la nette amélioration dans le contenu de la télévision publique, les tunisiens ont plus de sources d’informations et ne croient plus ce qu’on leur raconte sur Facebook.

Il fallait donc revoir la stratégie de création de contenu et revoir le processus.
Désormais on ne va plus utiliser Facebook pour faire bouger la rue, on va utiliser la rue pour faire bouger Facebook.

Concrètement, il s’agit de créer son propre contenu et non plus en récupérer à droite et à gauche. Ce contenu serait créé lors d’évènements organisés et maitrisés pour donner l’image qu’on désire.

S’il fallait le résumer dans une phrase de publicitaire je dirai qu’ils organisent des activations de marque, ou ils sont en contact direct avec leur cible. Tout est enregistré pour créer du contenu qui sera par la suite diffusé et permettra de toucher une plus large audience et d’optimiser son Earned Media.

Les exemples sont nombreux ces derniers jours mais on peut en citer les deux plus importants : l’affaire de l’UGTT à la place Mohamed Ali et Le meeting de Nidaa tounes à Djerba.

Dans les deux cas, tout est parti d’une opération sur le terrain.
Cette opération était largement filmée et documentée. La présence des medias est un must absolu.
Une fois le tout filmé du bon angle et donnant la bonne impression, il suffit de le partager sur Facebook pour influer sur l’opinion publique.

Dans le cas des évènements de la place Mohamed Ali, ca a généré le débat autour de qui a commencé. Dans celui du meeting de Nidaa Tounes à Djerba, ca a donné «  Djerba qui refuse Nidaa Tounes » 

Et alors ?

D’un point de vue stratégique, c’est une approche très intéressante et probablement la plus pertinente…quand il s’agit d’une marque.
Quand il s’agit de partis politiques, cela s’appelle jouer avec le feu.
Le risque de débordement est important puisque les éléments participants à ces « activations » ne sont pas sous-controle à 100%...À moins que ces débordements soient voulus et faisant partie intégrante de la stratégie pour frapper d’une pierre deux coups : faire l’opinion et montrer qu’on contrôle la rue…

Bonus Track - Kanye West - No Church in the Wild ( Realisation Romain Gavras)